GALLIMARD JEUNESSE
2025
9782075228732
À PARTIR DE 8 ANS
: - "Je glisse dans ce chapeau deux papiers pliés, tire celui qui porte le mot VIE, et je rendrai son coeur à Noor... Mais tire celui qui dit MORT, petite chouette, et tu me serviras pendant cent ans..."
Cela semble juste proclamait en choeur la cour de Baldassare Encre noire.
La sorcière Chevêche venait de défier le seigneur poulpe pour racheter le coeur de la jeune Noor.
Quitte ou double!
En sauvant Noor de la noyade, il la garda à son service et conserva son coeur bien à l'abri de sa vue dans un coffre près de lui.
Il était une fois, une sorcière nommée chevêche qui volait haut comme une chouette chasseresse et y voyait clair la nuit comme en plein jour. L'histoire racontera qu'elle captura un éclat de lune dans chacun de ses yeux et qu'elle pouvait depuis voir la vérité nette et nue dans les yeux d'autrui, distinguer les faux, révéler le jeu des menteurs. Les grands lecteurs pourront s'en amuser et considérer que c'est un talent fort utile pour les jeux de cartes où l'on mise gros, ceux usant du bluff, comme le poker. On ne pourrait pas la lui faire à la Chevêche, elle a le "poker face" (elle reconnait les bluffeurs). Et le seigneur poulpe le savait bien, voici qui achèverait d'en faire le seigneur redoutable des fonds des mers. Qui oserait le trahir?
On aime toujours autant l'alchimie envoûtante, ensorcelante, élégante entre les illustrations de Juliá Sardá et les contes nocturnes pour enfants de Myriam Dahman et la plume du conteur Nicolas Digard.
Les contes proposés précédemment par l'illustratrice Juliá Sardá seule était d'un charme enfantin étrange et malicieux, des parcours initiatiques qui venaient une à deux fois tenter la curiosité et les humeurs grandissantes de trois jeunes soeurs, prêts bien entendu à les perdre comme une forêt pleine de fausses promesses. Les soeurs pourront compter les unes sur les autres pour se remettre sur le bon chemin dans "La reine et les trois soeurs" et "Carmela et la sorcière".
Pour les offres du trio Dahman/Digard/ Sardá, c'est un même univers graphique mais des univers de contes un peu différents, moins accrochés à de petites héroïnes qui doivent grandir. Ceux là mettront en scène des personnages curieux, d'ordinaire inquiétant ou peu fiables par réputation lais qui trahiront les apparences et emmèneront les jeunes lecteurs vers des aventures qui révèleront les vrais secrets de leur coeur et de leur nature.
Rappelez vous l'inspirant conte d'amour "Le talisman du loup" , "... Sa fourrure était noire comme l'écorce après la pluie, ses yeux dorés comme la lune..." , ce loup noir comme la nuit qui se laissa quotidiennement charmé par les chants d'une femme vivant dans la forêt et qui le jour où elle ne se présentera pas, il décidera de partir à sa quête !
Et "Leina et le seigneur des Amanites"?
Le mystère de sa forêt hantée où disparaissaient de nombreux villageois, la quête de Leina en barque dans l'étrange bayou pour retrouver ami Oren. Le conte rappellera avec amusement "La Barbe bleue" à cause de sa chambre souterraine à la porte noire à ne jamais franchir, rappellera "La reine des neiges" avec l'enlèvement d'Oren et enfin "Poucette" avec ce seigneur inquiétant et crapaud, le Seigneur des amanites, qui tentera de l'amadouer...
Dans leurs histoires, la nuit, les étoiles, les bois, les petites bêtes, les loups et les envoûtements sont très présents.
Revenons au conte de notre sorcière Chevêche, là aussi plus riche et complexe qu'on pourrait l'attendre.
Le jeune lecteur se trouvera encore pris à parti pour juger des apparences. Chevêche est impressionnante et pourtant nous découvrirons qu'elle est juste, courageuse et à un grand coeur. Sans doute devait il lui rester un peu de coeur pour que la sorcière Chevêche tombe sous le charme amical de la jeune Noor et succombe à son air triste, si résigné, puis décide de s'exposer à un plus grand prédateur. Oui, c'est la même sorcière Chevêche qui posera sur l'image de départ avec une souris prise au piège entre ses doigts.
Les apparences, jeunes gens.
Nous reconnaitrons le jeu de dupe par contre avec Baldassare. Noor fut sauvée de la mort (voir l'histoire) et Baldassare Encre noire ne lui proposait il pas seulement généreusement l'éternité de cent ans en restant à ses côtés?
100 ans à servir son bienfaiteur + un coeur en moins = en échange de la vie sauve?
C'est un peu cher payé la reconnaissance, vous ne trouvez pas?
Magnanime, Baldassare Encre noire proposera un marché à Chevêche pour "racheter" son "esclave". N'est-il pas bon et preuve devant un public?
Attendez!?! Baldassare Encre noire proposerait il de perdre ce qu'il a, s'il n'était pas sûr de gagner, hum?
Les jeunes lecteurs ne seront probablement pas plus dupe que la sorcière Chevêche.
Possible que les jeunes lecteurs se posent les questions suivantes :
- Parce qu'il a sauvé Noor d'une mort certaine, ceci lui donnera t-il le droit léonin d'en disposer comme bon lui semble?
Ce conte bourré de charmes posera de nombreuses questions morales intéressantes pour les jeunes lecteurs.
- Un véritable héros demanderait t-il une récompense en retour à ses victimes en dédommagement de l'affreuse mésaventure?
Baldassare Encre noire n'est pas qu'un joueur, Baldassare Encre noire est un tricheur.
Mais attention, Chevêche a le "poker face", rappelez-vous!
CE QU'ILS EN DISENT?
https://www.babelio.com/livres/Digard-La-sorciere-aux-yeux-de-lune/1911410




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