A BICYCLETTE SOUS L'OCCUPATION/ CECILIA JUGLA ET ILLUSTRE PAR AMANDINE MEYER





NATHAN

2026
9782095016371
A PARTIR DE 8 ANS




Une collection vraiment intéressante, distrayante et bien faite. Elle rappellera vraiment la série des Yvan Pommaux "Avant la Télé" et "Véro en mai" tant graphiquement que pour le mode de récit entre docs illustrés et BD.

"A bord de l'histoire" appréhendera de l'intérieur et depuis une vue de terrain des situations historiques critiques vécues par des enfants de l'âge de la cible lectrice. Il n'est pas toujours facile de trouver les bons supports, d'expliquer l'enfance d'ici ou ailleurs dans la privation, comprendre que des anciens ont été des enfants eux aussi, n'avaient pas grandi sous les révolutions technologiques du smartphone, internet ou parfois la tv. Et dire aussi que de jeunes générations actuelles vivent comme dans le récit sous le joug des confits armées. 
Pour cela la collection "A bord de l'histoire'' se trouvera vraiment bien fait, respectant le langage doux, le discours synthétique et le ton de l'anecdote pour que cela passe comme une fiction.

1942, Paris, France. Avec "A bicyclette sous l'occupation" nous verrons comment des enfants peuvent se déplacer dans des villes sous hautes surveillances et répression.
La photo de famille de la page de titre permettra déja d'identifier la situation de départ : le père est parti à la guerre, la mère est enceinte et nos jeunes héros de la première de couverture à vélo sont frères et soeurs, ils s'appellent Simone et Claude.
Diable ! Dès le départ, cela deviendra compliqué : le père est emprisonné dans un camp en Allemagne après la déclaration de guerre des nazis et leur envoie du courrier pour les rassurer un peu.
Le livre ne s'étendra pas là-dessus mais les préados pourront aussi interroger les adultes pour comprendre comment on peut être prisonnier et être capable de correspondre avec sa famille.
Les livres d'histoire nous le disent, jeunes gens :
  • Au début, l'horreur nazie, des vrais camps et des rafles contre les juifs, était cachée. Les soldats, emprisonnés d'un côté comme de l'autre, pouvait être échangés, sous des accords civilisés et de bonne guerre. Au début du livre, nous sommes en 1942, et ce n'est qu'en 1949 qu'il faudra convenir d'une véritable convention de protections des civils et des blessés.

On a cherché pour vous:

"Convention de Genêve de 1949 : Relatives aux conflits, les conventions de Genève ne portent pas sur la conduite de la guerre elle-même, mais protègent les personnes qui ne participent pas (civils, membres du personnel sanitaire ou d'organisations humanitaires...) ou plus à la guerre (malades, blessés, prisonniers de guerre…). Signées en 1949, leur genèse s’explique par la nature et l'ampleur des crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale. L'élaboration d'une convention exclusivement destinée aux civils est une nouveauté : les règles antérieures relatives à la protection des populations étaient résiduelles. Le traumatisme vécu par les populations civiles au cours du second conflit mondial a conduit au renforcement des règles assurant leur protection..."

https://www.vie-publique.fr/fiches/271189-que-sont-les-conventions-de-geneve-de-1949

Crédits: Vie public.fr


Retour au livre. A Paris, pendant l'occupation de juillet 42, c'est couvre-feu. Personne n'allume plus les lumières pour ne pas être repéré des bombardements. Le récit parlera de l'adoption de la bicyclette, plus discrète par beaucoup de parisiens, permettant aussi rapidement de se mettre à couvert, on l'imagine bien. Pour l'époque, l'abandon des compétitions sportives à vélos seront lourdes de raisons et de tragédies (le Vélodrome d'Hiver "Vel d'Hiv'" transformé officiellement en lieu de rétention administratif mais cachant une réalité plus expéditive).
On le découvre avec "A bicyclette sous l'occupation" : "... Cette nuit, la sirène qui alerte des bombardements, n'a pas retenti. Claude a bien dormi. Et c'est tant mieux : pour son premier jour de vacances. Il part en tandem avec Simone. Il calcule : 35 km aller...On sera à Linas chez Pépé-mémé, pour le déjeuner ! Malgré la guerre, leur table est toujours bien garnie..."
Les doubles pages sont des instantanés illustrés des habitants civils à un endroit de Paris sous ce régime. Des petites légendes ci et là, vraiment intéressantes. Ce que nous montre l'image : Sur les balcons, on cultive des légumes et on élève des lapins pour les manger...On utilise des produits de substitutions, des restes de saccharines pour remplacer le sucre, des glands grillés pour le café...Les femmes se teignent les jambes pour remplacer les bas, le vieux rideau sera cousu pour en faire une robe..."
C'est le temps du rationnement et du troc, de la débrouillardise quand on manque de l'essentiel.
Pendant l'occupation, sur les images, les soldats allemands occupent l'espace comme des touristes, voire plus, comme de nouveaux habitants. On imaginera bien ce paysage transformé avec des militaires partout et ce sentiment étrange d'être l'étranger toléré.
Si vous l'ignoriez (le documentaire ne s'étendra pas là-dessus non plus, faisant probablement confiance aux ressources disponibles des bonnes bibliothèques) : le gouvernement français présidé par un dirigeant d'intérim, le Maréchal Pétain, décidera de se rendre aux Troisième Reich en 1940 et de se soumettre à l'occupation nazie. Certains voulaient résister, d'autres se rendre le plus simplement du monde, quitte à couvrir l'horrible vérité sur les rafles qui suivront. C'est pour cela que le véritable président digne de ce nom, le Général de Gaulle, se sauvera en pays libre pour défier la reddition de la France et motiver les mouvements rebelles à chasser l'intrus nazi. Il y aura une France de collaboration, une France soumise de façade malgré elle pour que la vie continue et une autre secrète de sape à l'autorité des tyrans du Reich.
On le voit à l'image : les bâtiments sont couverts des drapeaux nazis, les pancartes de direction revues en allemand, l'heure des horloges avancée d'une heure comme à BERLIN.
Nous reconnaitrons des lieux emblématiques sur le parcours des enfants Bertin, l'Opéra, le Parc du Luxembourg, on vend des poireaux et on attrape des pigeons pour la viande. Les premières étoiles cousues apparaissent sur les revers de manteau et nous apercevrons un excentrique "Zazou" protestant sans violence épinglé de sa propre étoile de non juif en protestation.
Pause ? Qui étaient les "Zazous" ?
"... Ils se donnent un air british : parlent français avec un accent anglais, se promènent toujours avec un parapluie qu'ils n'ouvrent jamais, se font des coiffures excentriques, sont férus de mode anglo-saxonne, ne jurent que par le jazz et passent leur temps dans les cafés... Les zazous sont la figure de l'anti-conformisme dans les années 1940. Ils font un pied de nez à la politique du rationnement en portant des vêtements beaucoup trop longs, alors que le tissu et le cuir étaient drastiquement rationnés. Ils portent les cheveux longs, alors que le régime de Vichy demande aux Français de porter les cheveux courts pour récupérer les cheveux coupés chez les coiffeurs, qui deviennent la matière première pour la fabrication de pantoufles...Dans la rue, dans les cafés, dans les foires, sur les marchés... dans tout l'espace public, les zazous représentent une résistance visible aux yeux de l'ennemi, que ce soit l'Allemagne nazie ou le régime de Vichy. Alors que le temps est à la privation, ils détonnent par leur mode de vie flamboyant et festif et leur style vestimentaire sophistiqué et excentrique..."
La suite sera à découvrir.

Une mise en situation quotidienne déja appréciée dans "Embarquement pour l'Amérique" de Cécile Jugla, Amandine Meyer également.  Ce qui permet vraiment aux jeunes lecteurs de s'immerger dans un passé diffèrent de leur présent, de mesurer également leurs chances de vivre en pays respectueux et libres avec humilité (nous en entendrons hélas avec l'actualité, les enfants ne seront pas épargnés par l'actualité des familles sous les bombes, en Ukraine, en Russie, en Israël, en Palestine et aux alentours. C'est le bon exemple, comment se débrouillent ses familles dont les journées sont troublées par les sirènes, les couvre-feux, les bunkers d'urgence ?).







VOIR AUSSI:



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CÉCILE JUGLA

AUTRICE

https://www.babelio.com/auteur/Cecile-Jugla/102345


 ET

AMANDINE MEYER

ILLUSTRATRICE

https://www.babelio.com/auteur/Amandine-Meyer/303349

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