SCRINEO
: Nous avions adoré "Moi, Ligia, sirène" de la même autrice et n'avions pas saisi qu'il y avait un concept de départ: voir l'aventure par les yeux de l'autre, les merveilleux mythes grecs pouvant faire aussi dans la caricature pour les besoins de la tragédie, rendant les ennemis radicalement inhumains, les femmes manipulatrices ou juste utiles à réussir une épreuve impossible, les simplement héroïques - et parfois sans grands scrupules - .
La démarche pourra rappeler l'excellent recueils de mythes à double entrée "In(Visibles) d'Anne Arzelus (Casterman), se voulant plus fin, plus équitable sorti du théâtre et des projecteurs de la tradition mythique grecque.
Ici, Sylvie Baussier fera appel à ce qu'il y a de plus humain en nous: la compassion.
Nous verrons ces histoires par l'autre bout de la lorgnette.
Qui aime faire la guerre ou tuer sans dessein à part les dieux dans ces mythes?
Replongeant dans les célèbres mythes grecs avec nous, elle nous rappellera aussi que les monstres ne sont pas ceux que l'on croit dans ces affaires de créatures hideuses, elles sont paradoxalement parfois des victimes avant d'être condamnées par les dieux de l'Olympe à devenir bourreau, pour être haïes par leur pairs et isolées.
Nous explorerons leurs scrupules à subir ce qu'elles sont.
Ici la monstruosité physique et naturellement animale sera infiniment moins cruelle que la jalousie des dieux...
Ainsi, Ligia, métamorphosée en sirène harpie, souffrira t-elle du jeûne de la chair humaine - comme un vampire regrettant une nouvelle condition qui l'éloignera à chaque soif de sang honteusement étanchée de l'innocence - .
Qu'en est-il des monstres Charybde et Scylla?
Qu'étaient elles avant d'être supposées un tourbillon mortel et un rocher infranchissable par les bateaux?
Les mythes les personnifieront en une jeune fille qui avale la mer er ses occupants et ne filtrant que l'eau en retour, d'un côté, et une jeune fille pourvue d'une horde d'animaux sauvages accrochés à son buste de l'autre.
Elles deviendront une expression exprimant "de mal en pis", un sort funeste inextricable pour les hommes qu'elles auraient pu aimer.
Les versions de Baussier sont sensibles, bien écrites, plus matures que ne le supposeraient ses premières de couvertures.
L'émotion et la psychologie du personage seront des éléments tout nouveau. Charybde nous inspirera une ado mal dans sa peau de déesse, fille de la terre et de la mer, ne trouvant pas sa place près de Gaïa ou de Poséïdon, atteinte d'une boulimie monstre et n'étant jamais rassasiée des mets dévorés. Elle cite un vide, juste là, le ventre, depuis sa naissance. Elle est incomprise de ses parents.
Un jour, elle apprendra la victoire d'Héraklès sur les boeufs de Géryon. Et voudra absolument y goûter...
Ô, diable, pourquoi as tu écouter le feu de ton ventre? Zeus en personne viendra y mettre son sel, du sel sur une blessure.
La présence de Scylla non loin lui apportera une once de réconfort: unies dans la détresse.
Elles sont parentes mais ne se connaissent pas. Méduse était la soeur de Scylla, souillée par le père même de Charybde et accusée par Athéna d'avoir provoqué les élans de Poséïdon, métamorphosée en créature hideuse aux cheveux de serpents et au regard pétrifiant.
Scylla racontera, les intérêts amoureux de Glaucos un dieu marin, la jalousie de la magicienne Circé qui à défaut de lui concocter un filtre d'amour pour ensorceler Scylla, la changera en monstre.
On rira jaune du presque haussement d'épaule de Glaucos fort embêté par cette déconvenue.
Presque des récits "Me Too" chez les mythologies grecques.
Ces récits courts sont des coulisses avant l'intervention bien connue et on aime bien, injectant du sentiment quand on supposerait que ces "monstres sont sans âme.
CE QU'ILS EN DISENT?
https://www.babelio.com/livres/Baussier-Moi-Charybde-piegee-avec-Scylla/1370434














0 Commentaires