ROUERGUE
COLL. EPIK
2019
2812618299
A PARTIR DE 16 ANS ET +
: Le prologue renforcera le ton très réaliste du roman.
L'auteur Stéphane Servant se fait l'intervieweur d'une adolescente, attestant que ce témoignage est véridique et qu'il le dédit aussi par ailleurs à sa fille.
Il y a une certaine gravité qui captera l'attention des lecteurs ados, forcément, en particulier ceux et celles qui accrochent sur les drames et histoires vécues à cet âge du lycée.
Stéphane Servant usera d'une dimension fantastique qui conservera la juste distance à sa fausse vraie biographie.
Mais cela restera percutant, parfois violent.
On parlera d'adolescence et de puberté, sous une forme originale mais pas moins perturbante.
Pour une raison que l'on ignore encore, des adolescentes développeront une métamorphose animale, un pelage leur poussera dru avec cette puberté qui les coupe de l'enfance.
Nous sommes évidement dans la métaphore de cette complexe période et cette particularité causera des tourments dans un milieu ado parfois sans pitié quand le sujet touche à l'apparence.
Les débuts nous rappellent la dramatique scène de l'adolescente Carrie, personnage du roman éponyme de Stephen King.
À quoi devrons-nous nous attendre?
À un roman tragique sur les adolescences brimées ou un thriller sur la revanche féline des ados à forte pilosité?
Il s'est passé quelque chose de grave ici qui nécessite de libérer la parole, ce témoignage doit en libérer d'autres.
Les 1ères phrases de l'interviewée sont touchantes.
Elles s'appellent Louise et elle aussi aura eu droit à son lot de chape de plomb.
Elle se fait l'écho d'autres filles dans son cas, mais lequel précisément?
" ...Un jour, j'ai lu que la vérité est toujours confisquée par les plus forts.
C'est faux. Elle appartient à ceux capables d'imposer le silence.
Justement, je crois au pouvoir de la parole et des histoires et c'est pour ça que je vais vous raconter ce qui s'est passé...".
Certains lecteurs pourraient rétorquer qu'imposer le silence est l'apanage des plus forts, qu'au bout du compte cela revient au même pour ceux qui le subissent . L'héroïne nous dit que non.
Dire nous rend plus fort et cela nous donnera aussi un roman de 374 pages.
" ...je sais que beaucoup ne seront pas d'accord..." dit-elle, "qu'on me refuse même le droit ou la capacité de penser.
Mais le fait est que je pense, que j'ai des émotions, que je ris, que je pleure...
Si je suis capable de mourir, vous devez accepter que je puisse aimer, n'est-ce-pas?
Prendre la parole est dangereux..."
Ce mystère félin sera l'excuse, on l'aura compris pour traiter de la féminité à l'âge du lycée, à différents niveaux, du regard des autres.
Même les filles entre elles ne sont pas tendres, nous ajoute Louise.
Le décès d'une élève donnera matière à développer les deux axes choisis par Stéphane Servant, la puberté et le virus félin, et il faudra s'accrocher.
Nous serons, comme Louise and co, en recherche d'un peu de douceur.
Le genre du roman est assez hybride, nous proposant du John Green et ses tourments ados, mêlé à un scénario catastrophe de danger sanitaire.
Les médias s'emparent du phénomène et la France a peur.
Nous voulons protéger nos enfants, crient certains, en parlant de ceux non contaminés.
C'est à dire que nos enfants ne sont plus nos enfants suivant une situation problématique.
Cela prend aux tripes, les émotions excitées par l'intrigue sont vives, allons-nous nous transformer à notre tour?
Certain que cela ne sera pas beau à voir car l'auteur joue beaucoup de l'indignation sous plusieurs angles.
Le discours au bout du compte sera également féministe et on croirait presque ce texte écrit par une femme, tellement il semble juste dans la perspective.
Mais n'est-ce pas cela l'empathie?
N'est ce pas ce qui distingue l'homme de la bête?
Pas vraiment dans le roman en revanche, l'homme est un loup pour l'homme, c'est bien rude et c'est toute l'ironie de l'affaire qui concernera une quantité de jeunes filles devenues toutes velues.
Au final, "Félines" sera une façon astucieuse de revenir sur des problèmes de société, les dysfonctionnements qui divisent une population. Si la Mutation lycanthrope fédérera durement celles qui sont infestées, un même problème une seule voix, elle ne fera en revanche qu'exacerber les malaises ambiants chez les "miraculés" du virus.
Stéphane Servais se montre très direct sur ce point, le bien commun peut être également tissé d'une haine commune.
Frissonnant.
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STEPHANE SERVANT
AUTEUR
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CE QU'ILS EN DISENT?
https://www.babelio.com/livres/Servant-Felines/1147469




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