EN ROUTE JE TOURNE/ DANIEL NAYERI ET ILLUSTRÉ PAR MATT ROCKFELLER

 



ÉCOLE DES LOISIRS
2025
9782211343527
À PARTIR DE 7 ANS





: En route je tourne.
Un album d'aventure au titre mystérieux.
Non, ça ne sera pas un livre-jeu avec une histoire à double-sens en retournant l'album.

Nous n'avions pas le sens de cette phrase "En route je tourne" et pas sûr que les jeunes lecteurs l'aient non plus.

Le titre choisit en français respectera une règle que les enfants ne repéreront pas forcément du premier coup, ni là ni avec l'original "Drawn Onward", le titre est un palindrome.
On peut en lire la moitié dans l'autre sens. Et ainsi après avoir lu l'aventure, cela fera sens pour nous.
"(En route) je tourne" ne saura signifier quelque chose de clair sinon une toute autre version d'un chemin en l'empruntant dans un sens vécu autrement et qui éveillera une toute autre idée, une nouvelle perspective, un renouveau ou un rebondissement.
Il faudra accepter l'idée que l'enfant ne pourra pas tout comprendre tout de suite et d'ailleurs c'est le sujet.

Le petit garçon de l'histoire ne digèrera pas l'absence de la maman que nous pourrons "rencontrer" habilement, trônant sur le grand tableau avec la famille, accroché au dessus du canapé.
On ne se posera pas 36 000 questions, elle n'est pas là, elle est peut être morte, le texte dit "disparue".
Le père tentera de consoler son petit garçon et lui donnera une mission: récolter quelques ingrédients dans la forêt pour confectionner une recette familiale.
La chose semblera au dessus des moyens du petit garçon qui s'en acquittera en s'échappant en larmes. La recette semblera dérisoire tandis que sa peine lui pèsera très lourd.

Il faudra se laisser porter sans trop réfléchir par cette aventure surréaliste, émotionnelle et cela devrait être possible car le ramassage va se métamorphoser en parcours fabuleux avec des elfes, des dragons des mers et un château maudit dont une statue de la mère est gardée par un serpent de ronces tout noir.
Les décors, l'ambiance héroic fantasy de jeux vidéo pour enfants devrait agir, c'est riche d'un potentiel d'imaginaire et d'un charme magique.
Tandis que les lecteurs s'émerveilleront des graphismes, de l'exotisme des étapes (une forêt sombre dominée par des araignées géantes, une mine de lutins, un puits d'elfes, une grotte avec un lac souterrain accueillant l'énorme serpent de mer et un désert étincelant, aride), le petit garçon toujours reniflant tristement et équipé de son épée de bois va opérer un détour pour interroger sa maman pétrifiée dans le château maudit.
La phrase déchirante du garçon, trahira le manque mais aussi le doute: pourquoi une maman rêve d'aventure et s'expose aux dangers alors que sa famille la préférerait à l'abri.

L'aventure n'aura quasiment pas de texte, laissant la pertinence, l'empathie des petits lecteurs traduire ce qu'ils vont voir:
un petit garçon qui va vaincre sa bête noire et rapporter un bout de coeur magique appartenant à sa maman, délivrant un message d'amour qui l'aidera à voir le chemin du retour autrement.
Les monstres, les situations, dangereuses, redoutables, ne le seront plus, le petit garçon aura retrouvé le courage qui lui faisait défaut pour rendre de simples services à des personnages tout du long bien plus bienveillants, exempté du rideau de larmes devant ses yeux.
Et il n'oubliera pas la liste des ingrédients pour le repas.

Aura t-il rêvé, grossi les choses?
Il y a des indices qui permettront de répondre à cette question.
Et nous, comment saurions nous apprécier justement le monde qui nous entoure en chaussant un jeu de "lunettes sombres" qui nous feront le voir avec plus de gravité? C'est une image.

C'est original, très beau. Le sens de l'aventure sera cette fois clair à la fin, le petit "chevalier" qui n'est encore qu'un enfant, se déchargeant de sa peine avant d'envisager d'être courageux.

On pourra noter en ce moment dans l'édition jeunesse pas mal de récits autour de la perte, du deuil, nous n'en ferons pas la collection, mais c'est aussi le propre d'une aventure hélas: il faut que le quotidien se trouve chahuter pour que le regard adopte une nouvelle mise à jour, qui fera grandir un peu plus durement les protagonistes que de laisser venir pour apprendre.
Pour le lecteur, il faudra bien qu'il se passe quelque chose et que cela se rythme rapidement pour qu'il ne s'endorme pas sur trop de bonheur qui coule comme une rivière sans remous.
Heureusement, malgré l'automne, la fête de la Toussaint, la pluie, le vent et l'hiver suivant de près, les enfants ne vivront pas ces saisons comme les adultes, peut-être comme des périodes tristes. Et heureusement. Rappelez vous le propos de l'album: la question de point de vue, de vécu, de gestion des sentiments et de perspective.









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DANIEL NAYERI

AUTEUR
https://www.babelio.com/auteur/Daniel-Nayeri/252911

ET 

MATT ROCKFELLER

ILLUSTRATEUR

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CE QU'ILS EN DISENT?
https://www.babelio.com/livres/Nayeri-En-route-je-tourne/1863151

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