ALBIN
MICHEL
2013
9782226250872
A PARTIR DE 16 ANS et +
Le héros était enfin de retour
Il
est ici.
les
oreilles de la belle n'entendent plus,
le
cœur s'est mis à chanter comme trois tambours.
Le
rouge-gorge avait fait trois fois son nid,
une unique fois aurait du rappeler le marié à son devoir,
mais
qu'importe,
.Il était revenu.
Lèvres closes qui se libèrent enfin, brisent la tenue impeccable et courbent enfin le trait d'un léger carmin. Cette marque rouge ensorcelante est symbolique d'un amour dans le déshonneur, celle de l'étranger qui prit une geisha pour femme,une sans le sou.
Les
petits pas pressés de la servante Suzuki ne saurait être plus
rapide que la pensée amoureuse de sa maÏtresse,
guettant le bateau.
La belle se tient prête,
froissant à peine la soie de ses ailes manches très amples et décorées des fleurs de la saison renaissante.
Elle prend le chemin, les souliers
de bois crissant à peine le gravier du jardin,
touchant
à peine le sol,
le
cœur au ventre,
les
papillons dansant autour, de leur ballet fou et désordonné, pourtant
rien
ne transparaît.
La sage poupée de porcelaine est prête pour le
bien-aimé tant prié...
« Oh,
Butterfly ! Ne dit-on pas que toucher les ailes d'un papillon le
condamne ? »
De nouveau, les
yeux ne voient plus,
les
oreilles n'entendent plus,
le
cœur s'est arrêté de chanter,
il
s'est arrêter de battre.
Il y a une américaine, qui se confond en pluie de larmes sous son toit,
dans
sa maison de bois et de papier, de ce qui va suivre...
:
Cette nouvelle création, illustrée et librement adaptée de l'opéra "Mme
Butterfly" de Giacomo Puccini et du récit Madame
Chrysanthème de Pierre Loti est tout simplement envoûtant, par ces
images ensorcelantes de beauté et son texte délicat.
Il
faut se remettre dans le contexte historique.
Les deux oeuvres se
situent au 19ème siècle,
ère des grands voyages, des explorations
en Orient,
les peintres et sculpteurs français nous en restituent
les découvertes, faisant poser des hommes sur des chameaux,
orchestrant dans le bronze des combats d'animaux peu connus,
inspirant l'exotisme à la mode par une férocité artistique toute
inédite, certe clichée mais une vraie déclaration d'ouverture sur le monde tout de même.
Pierre
Loti raconte dans son récit le mariage d'un officier et d'une japonaise , inspiré de sa propre expérience.

David
Belasco adapta sur les planches de théâtre "Madame Butterfly",
d'après la nouvelle de 1898 de John Luther Long, qui fait écho au nouvel
engouement des américains de l'époque pour la culture japonaise.
Ecrite,
jouée ou chantée, "Madame Butterfly" recevra un mauvais
accueil de la critique,
l'opéra de Puccini fut d'ailleurs couvert
par des bruits d'oiseaux et autres caquètements de Basse-cour,
l'anecdote mentionne l'éventuelle action déguisée de la concurrence.
Puccini
ne s'en laissa pas compter par l'adversité et redécoupa en trois
actes son oeuvre musicale qui est à présent un chef d'oeuvre
incontournable de la tragédie.
"Madame
Butterfly" n'est pas la geisha "Chrysanthème" qui
profitera en or sonnant et trébuchant de ses accointances avec
l'étranger.
Elle, tombe amoureuse,
rompt la tradition et se voit
presque damnée par amour,
abandonnée, offrant courageusement son
enfant à sa rivale en échange d'un dernier rendez-vous avec l'aimé
qui l'a trahi.
Digne d'une tragédie grecque!
Les
pages introduisant l'histoire de Lacombe amorce leur première magie
en se dépliant comme un paravent,
soigneusement décoré sur le
revers,
accueillant nos sens, les éveillant à une poésie des mots,
des images, un émerveillement que distillent les décors mis en place et leurs traditions
restituées de la culture japonaise.
Benjamin
Lacombe fait résonner dans son texte quelques mots particuliers de
la langue française,
comme l'évocation de fleurs exotiques peu employés, ceux et celles qui ne connaissent pas le sens du terme
"Logorrhée" seront ironiquement quitte pour se trouver
dans l'état d'esprit du personnage à l'écoute de la langue
japonaise.
c'est un terme dont la définition est associée à un vif flot de paroles.
Pierre
Loti expliquait ces mariages pendant les missions de longues durées
comme pratique courante.
Ce
qui offrait probablement un cadre honorable à ces belles au profit d'une jolie compagnie, bien éduquée et très cultivée.
Le personnage Butterfly
se présente comme un joyau sans pareil, d'une perfection dictée par
son éducation.
Elle est devenue Geisha par nécessité et se trouve
sauvée de la pauvreté. Pensant toujours bien faire, trop peut-être,
elle ne saura percevoir le désintéressement progressif de
l'officier devant cette vie trop réglée
et ces multiples artifices
qui ont peu de sens pour lui.
Fidèle et amoureuse, Butterfly
veillera trois années le retour de son héros qui lui, est revenu à
sa réalité.
Nous
ne sommes pas dans un amour impossible classique à la Roméo et
Juliette, l'auteur présente ce pleutre prince sous un mauvais jour,
un conquérant qui fera fi des recommandations qui lui furent données
et désira posséder la jeune femme par égoïste convoitise.
L'auteur transpose la tragédie à l'époque du Nagazaki de 1945, la référence
de la bataille de Manille attestant, accentuant alors l'effet dramatique et
laissant une amertume encore plus appuyée.
Toutefois,
même désabusée, la magie amoureuse de cette tragédie mélancolique
reste puissante, elle survit grâce aux illustrations superbes de
l'auteur qui nous font baigner dans l'émotion, rend hommage à cette
femme forte.
La nature se confond parfois avec le personnage, faisant écho à la nature éphémère de la belle créature.
Benjamin
Lacombe s'amusera à signer son travail de ses fidèles chiens "Carlin" déja vus dans d'autres albums.
L'auteur à un vrai goût du bel objet comme il avait commencé à le
faire remarquer avec "La petite sorcière"
et son "Herbier
des Fées".
Un
album pour grands ados et adultes à conserver, à offrir, sinon à admirer dans votre bibliothèque la plus proche;
Du plaisir!
*****************************
BENJAMIN
LACOMBE

AUTEUR!
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CE
QU'ILS EN DISENT?
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DECOUVREZ D'AUTRES TITRES
DE BENJAMIN LACOMBE,
ILLUSTRATEUR
en
collaboration
avec
SEBASTIEN PEREZ

AUTEUR!
L'HERBIER DES FEES/
Sébastien PEREZ,
ET ILLUSTRE PAR BENJAMIN LACOMBE

ALBIN MICHEL JEUNESSE
2011
9782226230966
A
PARTIR DE 16 ANS ET +
1914 . Missionné
par Raspoutine le grand sorcier du grand Tsar de Russie lui-même,
le scientifique Aleksandr Bogdanovich est envoyé sur les terres de légendes de Brocéliande,
au village de Paimpont en Bretagne,
afin
d'y déceler le mystérieux secret de l'immortalité si tant est
qu'il s'y trouve.
Confiant
à la mère-patrie son doux foyer le temps de ses découvertes, son épouse
Irina, danseuse classique et sa fille Nina,
Aleksandr établit un
campement au cœur de la forêt sur les conseils de la vieille
guérisseuse Léopoldine et entend bien mettre à jour la source de
ces célèbres légendes magiques.
C'est
ainsi que sous les feuilles,
au pied des arbres,
dissimulés sous des
pétales ou dans l'eau trouble des rivières,
le scientifique
découvrira les véritables habitants de Brocéliande.
Esprits
malicieux, curieux, boudeurs, « feux-follet » de bals
aériens,
faisant corps avec la flore,
Aleksandr rencontre un petit
peuple de plantes humanoïdes aux appartenances aussi nombreuses et
diversifiées qu'il y a d'espèces de plantes ou de natures d'hommes.
Trouvant
enfin son « Graal » de guérison dans la propriété
magique de chacun, Aleksandr cède progressivement à l'affection,
écartant sa mission auprès du terrible Raspoutine et mettant sa
famille en danger.
Il doit vite trouver une solution, là-bas en
Russie, la guerre éclate et la vengeance du sorcier plane...
:
Un autre "roman illustré" très soigné et envoûtant du
duo Pérez et Lacombe.
Ce
bel album fera la joie des lecteurs adolescents qui se
rêvent explorateurs (trices), grands aventuriers et amateurs de
légendes.
Arrivant de sa lointaine Russie, dépêché de l'obscur Cabinet des
Curiosités du sinistre Raspoutine, le héros va entrer dans un monde
où le temps ne semble pas avoir cours, il est charmé ou ensorcelé
par les merveilles qui s'offriront à lui au fil de ses recherches.
C'est
avec plaisir que nous découvrons la diversité et les
caractéristiques de ces êtres originaux et minuscules,
se "mariant"
avec les bois,
détaillés sur de très belles planches richement
illustrées.
Les notes sont agrémentées de fausses vieilles
photographies et articles, nous faisant naviguer entre songe et
réalité. Les fausses reproductions photographiques sont notre ancre
au monde extérieur et réel,
l'élément historique apportant sa
dose de crédibilité et donc d'étrangeté quant à la coexistence
de ces deux mondes.
La
guerre éclate et la forêt apparaît alors paradoxalement comme un
havre de paix,
le refuge dans lequel Aleksandr tente de rapatrier sa
famille à l'insu de Raspoutine. Le procédé du message caché
repris de celui de George Sand à Alfred de Musset est extra et
plaira beaucoup. De quoi s'amuser à réaliser ses propres lignes
secrètes.
L'histoire
est bien construite,
le frisson présent,
la tension dramatique monte
doucement et le doute subsiste.
On ne sait pas réellement si
Aleksandr ne s'est pas inventé cette découverte, fantasme d'un
homme isolé et obsédé par sa découverte. Néanmoins les jeunes
explorateurs trouveront quelques clés à cette réponse à la fin,
de quoi nous faire rêver encore.
Un vrai jeu de pages, ajourées en formes de feuilles couvrant des êtres au
repos ou dansant.
Les petites références à la danse classique, avec
le ballet Russe d'Irina et les plantes rappelant des danseuses, soufflent un vent de grâce très agréable.
A
découvrir!



A
découvrir également
LA
PETITE SORCIERE/
Sébastien PEREZ ET Benjamin LACOMBE
SEUIL
JEUNESSE
2008
9782020983563
A
PARTIR DE 12 ANS ET +
Cédant
à la curiosité,
la jeune Lisbeth et son meilleur ami Edward
plongent leur regard dans celui des personnages étranges qui se
trouve dans un livre familial.
Seule Lisbeth aura hélas l'occasion de découvrir qui elles sont, après que sa grand-mère Olga leur interdise d'y toucher.
De ce livre découlera un secret de
famille incroyable qui marquera la chevelure brune de Lisbeth d'une
flamboyance plus rouge, avec un don qui se révélera précieux finalement pour
retrouver le pauvre Edward soudainement disparu.
Guidé par Olga et
Socrate son chat noir, Lisbeth découvrira où la finalité de
l'herbier du jeune bègue amoureux l'auront conduit.
:
Un petit roman en format album plutôt agréable,
où sied
hiératiquement en couverture la petite et mystique Lisbeth comme un
personnage de conte.
Un univers de Benjamin Lacombe sauvage et sophistiquée à la fois ( le fond années 20-30 y
contribuant).
Les sentiments réciproques
qu'éprouvent les deux jeunes adolescents, apportent un souffle d'innocence, de délicatesse et de légèreté, le texte le restitue bien
pour le bon plaisir des âmes romantiques.
Sébastien Pérez et Benjamin
Lacombe offrent aux jeunes lecteurs un bel objet puisque l'album est
accompagné en collector d'un autre titre très illustré,
le fameux
grimoire de sorcière reprenant la généalogie de la petite Lisbeth
dans la première histoire.
Les
auteurs y joignent dans un esprit ludique des personnages de contes
et de légendes du monde entier,
tels que la sorcière d'Hansel et
Gretel,
la Méduse de la mythologie grecque,
la Joconde
et Jehanne
(d'Arc),
une lignée sulfureuse de petites demoiselles rousses, nous
offrant par la même occasion des références de légendes pour poursuivre l'aventure.
La
présentation est extrêmement soignée,
les adolescentes amatrices d'histoires de sorcières pourront se délecter de ces histoires de sortilèges
et ces destins de femmes, sorcières à tort
ou à raison.


ROSSIGNOL
SEUIL
26/05/2011
2021044335
A
PARTIR DE 8 ANS
Une
histoire originale, poétique et d’une illustration somptueuse.
Si vous ne connaissez pas encore l’univers onirique de Benjamin LACOMBE, faîtes-vous plaisir ici.
Les
enfants d’une colonie de vacances trouvent des poèmes écrits sur
des morceaux de papiers peint à fleurs signé d’un simple « R ».
Les textes sonnent étrangement comme des odes dédiés à chacun d’entre eux,
même l’intendant.
S’enchaîne un jeu de piste afin de
découvrir l’identité du mystérieux admirateur, qui entraîne
toute la petite bande jusque dans une petite salle de théâtre.
La
suite ? A vous de la découvrir .
Le format de l'album à
l’ « italienne » se prête très bien à
cette histoire, mettant d'une part en valeur des espaces de nature, un album jouant avec ses pages à coups de volets afin de le rendre également
ludique.
Un choix qui prend d’ailleurs tout son sens avec la fin sur scène.
Le coup de théâtre, bien
sûr.
L’illustrateur ne manque pas d’humour quant à la
représentation de ses garnements, empruntant les traits du célèbre
« Monsieur Hulot » de Jaques TATI pour son intendant.


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